Bien préparer son parcours

Bien préparer son parcours

Vous ressentez un malaise, une distorsion entre votre corps et votre esprit. Ce malaise dure depuis des années, des années où vous n'avez osé en parler ou alors vous avez osé et c'est l'incompréhension. Votre projet mûrit lentement, mais au fait peut-on parler de projet ?
Vous vous définissez comme transsexuel/le, est-ce une réalité, un fantasme, une lubie ? Le but de cette présentation n'est pas de vous inciter dans votre démarche à aller au bout des exigences de votre esprit, je n'en ai pas le droit, je ne m'en sens pas le droit.
Vous êtes seul/e, souvent pour aborder les équipes médicales, faire les premières démarches, vous serez seul/e, et il faut que le sachiez pour prendre la décision qui fera tout basculer, vers un monde meilleur.
J'insiste encore et encore sur le fait que vous allez entreprendre une démarche très longue, souvent à la limite du supportable, vous sentir perdu/e, isolé/e, démoralisé/e. Cette démarche est parfois exaspérante, on a l'impression que rien n'avance, ce n'est qu'une impression.

Il s'agit de votre vie, vous allez agir sur son parcours, pour trouver une autre cohérence, pour vous trouver. Il s'agit de tout préparer, avec soin et minutie.
Ne partez pas vers l'aventure, la vie ne peut-être aventure. Elle est trop précieuse, surtout lorsque vous aurez la chance de voir, comme moi, qu'elle devient merveilleuse.
Moi, je ne veux pas être une bonne ou mauvaise conseillère, mais j'ai préparé ce que j'allais faire avec des étapes, un planning.
Il me semblait hors de question de débarquer un jour et d'imposer à toutes les personnes qui me connaissaient mais ne savaient pas, un nouveau rôle social, je serai partie à la catastrophe. On me demande parfois pourquoi je ne l'ai pas fait plutôt, j'ai envie de répondre qu'on ne le fait pas, on le vit. Je réponds aussi invariablement que si je l'avais fait, je serai actuellement sur le trottoir, pour vivre et manger, avoir l'impression d'avoir réussi à devenir cet autre qui m'a gâché une bonne partie de ma vie.
Les conseils de préparation qui vont suivre sont presque rigides.
Pour moi, ils me semblent des étapes primordiales, je les ai vérifiés, aucun ne pourra être contredit ou si un doute subsiste, je le signalerai au moment opportun.

Le première étape est incontestablement de trouver le courage d'oser :

  • oser en parler à son entourage familial,

  • oser en parler à son médecin de famille,

  • oser se rapprocher d'une association,

  • oser aborder le sujet avec ses amis, ses relations : attention prudence, patience, rien ne presse !

a) Commencer par tester son entourage familial est une bonne solution.
Mais attention, ne réunissez pas toute la famille, les oncles tantes et cousins en même temps, mais prévenez les plutôt au compte goutte. Cette méthode vous permettra, je pense, de modifier votre présentation du problème au fur et à mesure que vous aurez de nouvelles personnes à informer. Trouvez les mots pour le dire, au besoin, des petits dépliants peuvent vous aider.

b) Informer votre médecin de famille, c'est parfois très dur.
Vous avez l'impression que vous allez le décevoir, ce ne sera pas le cas. C'est un médecin, il sera là pour vous aider, pour vous conseiller et vous comprendre, mais il vous faudra plus de courage plus tard pour affronter des spécialistes de ce problème. Votre médecin de famille pourra vous aider en prenant le temps d'écrire une lettre d'accompagnement, bien utile lorsque le sujet est difficile à aborder.

c) Il existe des associations d'aide aux transsexuels/le.
L'ASB en est une, il en existe une autre sur Marseille, l'AAT. Vous serez dirigés vers l'une ou l'autre. Ces deux associations ne sont pas des clubs de rencontre. Vous n'obtiendrez pas les coordonnées d'autres personnes comme vous, les seules coordonnées que vous obtiendrez seront celles des personnes habilitées à vous écouter, vous aider, vous orienter. Seule l'action humanitaire et sociale nous anime.

d) Aborder le problème avec vos relations sociales, je le répète, rien ne presse.

Cette étape est la plus longue, incontournable, aucun médecin digne de ce nom ne prendra le risque de vous administrer des traitement hormonaux, de prescrire une intervention chirurgicale si vous n'avez pas satisfait à un certain nombre d'obligations.

IMPORTANT ! Ne cédez pas à la pratique trop courante de l'auto médication, très dangereuse, méfiez vous des bons amis prêts à vous passer un peu de leur traitement, ils ne vous font gagner aucun temps. Parfois la suite de votre parcours peut être gravement compromise. Vous devez faire un choix de procédure, celle qui se fait légalement ou celle qui se fait n'importe comment, mais dans deux ans où en serez vous ?
L'étape médicale, je suis presque tentée de dire que c'est vous qui la faites, avec un comportement stable, des réponses honnêtes. N'apprenez pas une leçon stéréotypée. Trop de patients répètent les mêmes arguments, la même leçon, les psychiatres ne sont pas dupes et sont alors tentés de prolonger le suivi, car il n'obtiennent pas les certitudes nécessaires pour que vous avanciez dans votre parcours.
On vous fait passer des tests psychologiques ; leur importance est reconnue mais en aucun cas ces tests sont éliminatoires, alors courage et confiance.
Vous allez rencontrer le psychiatre à des intervalles qu'il fixera lui même pour apprécier en toute connaissance de cause votre situation.

Vous devez songer aux différentes difficultés administratives qui vont vous miner le moral.
Comment justifier de son identité pour retirer un courrier recommandé, établir un chèque, répondre à un contrôle d'identité, etc.
Une des premières démarches consiste à se faire envoyer, dès que vous en avez le courage, du courrier avec le prénom que vous vous êtes choisi, en faisant préciser Monsieur, Madame, Mademoiselle. Vous devrez précieusement conserver les enveloppes pour faire établir ultérieurement un acte de notoriété ou un changement de prénom, pour obtenir que votre carnet de chèque corresponde à votre apparence.
Plus tard, vous pourrez obtenir au fur et à mesure que votre parcours avancera, les renseignements nécessaires près du siège social à Paris.

Ces différentes étapes seront prises en compte dans votre parcours, il n'est pas question de vous accorder un traitement en l'état actuel si vous ne présentez aucune chance d'intégration professionnelle.
Vous devez préparer votre avenir, mais pas sur des suppositions. Il ne faut pas se dire que ça ira mieux après. Il faut commencer à se battre, à entamer des démarches pour obtenir une formation, un bilan de compétences, une aide de l'ANPE...
Si vous n'osez affronter ces organismes, êtes vous sûr de savoir affronter la vie ?

L'antenne de Nantes est disposée, et elle ne le fait que sur demande expresse, à fournir les documents de communication avec les différents organismes dont vous pourrez avoir besoin, et/ou de vous préparer, au besoin, une lettre d'introduction.
Vous êtes des êtres vivants, on vous doit le respect. Vous êtes victimes d'une affection dont l'origine n'est pas connue avec précision. Vous avez le droit au travail, à la liberté, aux prestations sociales, en tant que citoyen européen.

(Ces textes ont été rédigés par Béatrice, de l'ex-antenne de Nantes)

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Commentaires (3)

1. Zoe Due (site web) 02/12/2012

Bonjour!
Merci pour cet article!
Bien construit, il aide, conseille et donc rassure.
Bises

2. lagrave 22/12/2012

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3. pasturel 14/06/2014

votre courrier fait du bien merci

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